
Jeudi 4 février, Jimmy Adjovi Bocco et Pape Diouf nous ont fait l’immense honneur de venir à Euromed Management animer une conférence sur le projet Diambars*. Cette conférence qui avait pour thème « Le sport comme vecteur de développement » a fait office de préambule à la signature d’un partenariat entre Euromed Management et ce projet devenu aujourd’hui une réalité dans le monde du sport et de l’éducation.
Bernard Belletante, Directeur Général d’Euromed Management a introduit cette conférence en présentant le projet Diambars, ses fondateurs et les raisons d’un tel événement dans les locaux d’une Grande Ecole de Management comme Euromed Management. Il existe des liens très forts entre les missions de ce projet humaniste et les valeurs que défend l’école dans son approche de la pédagogie et dans ses responsabilités en tant qu’acteur influent de l’éducation. La ville de Marseille, historiquement tournée vers la Méditerranée et les nombreuses cultures qui la bordent a toujours été très proche de l’Afrique. De surcroit, Euromed Management cultive un positionnement euro-méditerranéen et international fort et forme aujourd’hui ses étudiants au Management sportif avec ses programmes MS Sport & Event Management et M.Sc. Entertainment et Média spécialisation Sport professionnel & Marketing sportif. Cette introduction a donné l’occasion à Bernard Belletante de présenter le maillot qui lui a été offert par Diambars, édité en série limitée à 1000 exemplaires, portant le numéro « 833 » et signé par les fondateurs du projet.
Philippe Doucet, Consultant pour Canal + a par la suite animé cette conférence avec beaucoup d’enthousiasme et un humour certain. Jimmy Adjovi Bocco, ancien joueur du Racing Club de Lens et President, Co-Fondateur de Diambars ainsi que Pape Diouf, ancien Président de l’Olympique de Marseille et Journaliste l’ont rejoint sur scène pour débuter un échange aussi passionnant que décomplexé. Preuve en est, le public venu en nombre, qui s’est montré très réactif au cours du traditionnel temps de questions/réponses qui a clôturé cette conférence.
Quelle place pour le sport face aux défis africains ? Comment garantir la pérennité économique de ce projet ? Après le sport, quelle insertion sociale pour la jeunesse africaine ? Pourquoi utiliser les Grandes Ecoles pour porter ces thèmes et messages ? Autant de questions posées par Philippe Doucet qui ont trouvé un écho constructif et sincère au travers des réponses et témoignages des intervenants. Ces interventions ont permis aux quelques 500 participants de bien cerner les tenants et aboutissants de ce projet et la petite révolution qu’il représente pour la planète football.
Pour rappel, Diambars est une Association née en 2000 sous l’impulsion de plusieurs champions de football d’origine Africaine (Bernard Lama, Patrick Vieira, Jimmy Adjovi-Boco et Saër Seck) qui ont fait le pari fou de mettre les rêves de carrière de footballeur professionnel de la jeunesse africaine au service de l’éducation.
Pour réaliser cette ambition, Diambars a créé un modèle sport-éducation reposant sur la création d’académies de sport-études accueillant et offrant
à de jeunes talents défavorisés une éducation solide ainsi qu’une formation au football de haut-niveau. La mise en place d’un dispositif socio-éducatif structuré à destination des jeunes issus des quartiers défavorisés a permis à ce projet qui utilise le sport comme voie d’entrée, d’enseigner de manière ludique des savoirs élémentaires et de sensibiliser ces jeunes à l’importance d’une formation d’avenir.
D’après Jimmy Adjovi Bocco, le projet Diambars « devenu aujourd’hui une réalité concrète » a pris une grande ampleur. En effet, Diambars a déjà ouvert des structures d’accueil dans de nombreux pays africains. Ces structures qui inculquent aux jeunes les valeurs du sportif de haut niveau « travail, effort, responsabilité » les forment pendant 5 ans (de 13 à 18 ans) et les accompagnent ensuite pendant 5 ans dans la réalisation de leur projet professionnel.
Le modèle économique qu’ont mis en place les fondateurs de Diambars pour la pérennité du projet repose sur l’obtention de fonds publics, les aides de partenaires privés et la mise en place d’une fondation « Sport for Africa ». Mais le secret de la réussite de Diambars et de son modèle de viabilité vient principalement de l’appui de la FIFA qui impose aux clubs qui recrutent des joueurs sortis des académies de sport-études de Diambars, de verser un pourcentage des montants des transferts à Diambars. Ainsi, un club reverse environ 300 000 euros au projet pour tout recrutement et deux jeunes recrutés dans l’année permettent à l’association de financer un an de fonctionnement.
Toutefois, comme le rappel Pape Diouf, il faut rester pragmatique et garder le sens des réalités même si le projet rencontre un vif succès. Seulement 10% des jeunes qui suivent le programme Diambars sont recrutés dans des clubs professionnels. C’est pourquoi l’association mise avant tout sur l’éducation de cette jeunesse africaine et la structuration de projets professionnels concrets autres que le sport de haut niveau. Sur ce plan, Diambars est une vraie réussite. Au-delà des aspirations footballistiques, ces jeunes sont formés à devenir des hommes responsables de leur environnement social et de leur avenir. Le football n’est qu’une rampe de lancement pour la plupart d’entre eux.
Afin d’illustrer ces propos, le président de Diambars tenait à présenter au public, Pape Meissa Anta Diop, joueur de Diambars de 19 ans faisant actuellement ses études à Nice et sa formation de footballeur à l’OGC Nice « Pape est le reflet de ce pour quoi nous travaillons ». Ce jeune joueur africain est venu expliquer son parcours et les opportunités qui lui ont été offertes grâce à ce programme. Son discours étonnamment mature et lucide pour son âge illustrait bien les propos de Jimmy Adjovi Bocco sur l’importance de la formation pédagogique « Un problème physique est vite arrivé, il faut préparer l’avenir ».
Philippe Doucet a ensuite invité la salle à poser des questions aux trois intervenants. Extraits choisis :
Q : « Aujourd’hui vous êtes bien implantés en Afrique du Nord, dans des pays principalement francophones, pourquoi vous tournez-vous désormais vers l’Afrique du Sud ? »
J.Adjovi Bocco : « La coupe du Monde 2010 est une formidable ouverture pour notre projet sport/éducation. Cette nouvelle implantation n’était pas prévue à l’origine du projet mais la jeunesse là-bas a aussi besoin de ce type de démarches. C’est une question d’opportunités et de volonté. »
Q : « Il n’existe à ce jour, aucune promotion de filles dans vos structures, avez-vous des projets dans ce domaine ? »
J.Adjovi Bocco : « C’est en projet. Ca n’était pas possible jusqu’à aujourd’hui. Nous projetons d’ouvrir la première promotion de filles en 2010. »
Pape Diouf : « Le foot féminin n’a pas que des partisans. La culture africaine, notamment sur la question de la famille n’est pas la même qu’en Occident. L’intérêt d’une fille pour un sport comme le football n’est pas toujours compris au sein même de ces familles. »
Q : « Quels sont les objectifs d’un partenariat comme celui qui vous amène à Euromed Management aujourd’hui ? »
J.Adjovi Bocco : « Nous cherchons des compétences et des appuis pour nos étudiants qui n’ont pas les compétences pour finir joueur professionnel mais qui ont les compétences pour faire de bonnes études. Nous espérons qu’un jour certains de nos jeunes pourront faire leurs études supérieures dans une Grande Ecole comme Euromed Management. C’est pour cela que nous mettons aujourd’hui en place un réseau de Grandes Ecoles (Euromed Management, ESC Lille, Science Po Paris…)
Q : Il n’existe pas de centre Diambars au Bénin, votre pays d’origine. Qu’est ce qui vous empêche de travailler là-bas ?
J.Adjovi Bocco : « Ce sont les problèmes politiques qui freinent nos projets. Je ne veux pas me battre contre des moulins à vent. S’il n’y a pas de volonté politique nous irons faire nos projets ailleurs. Certains de mes amis essaient de faire des projets au Bénin depuis 10 ans, sans succès ! La passion des africains pour le sport peut devenir un véritable vecteur de développement économique si les états africains réfléchissent à ces opportunités ».
Q : « Je suis étudiant et je souhaiterai à mon échelle aider une association comme la vôtre. Que puis-je faire ? »
J.Adjovi Bocco : « Vous pouvez mettre en place des événements et parler de Diambars autour de vous comme le font les étudiants d’Euromed Management aujourd’hui »
La fin de cette conférence a marqué le début d’un partenariat entre Euromed Management et Diambars avec pour objectif commun de concrétiser et pérenniser des projets solides en phase avec les valeurs communes des 2 parties signataires. Sponsoring, accueil de stagiaire, contrats d’apprentissage, campagnes communes de communication…Les projets sont nombreux et se aboutiront pour certains sur des actions durable tant sur le plan pédagogique que sportif.